Coin lecture : Gains de Richard Powers



Au début du XIXème siècle, Jephthah Clare quitte l’Angleterre avec femme et enfants et s’installe à Boston où il développe son entreprise de commerce maritime.
Lorsque l’institution de taxes sur les produits importés menace de les ruiner, ses fils et héritiers se reconvertissent dans la fabrication de savon.
Douée d’un sens inné du commerce, la famille Clare croit et prospère au fil des années et des innovations technologiques, l’entreprise se développe vers d’autres secteurs, cosmétiques, détergents, pesticides, médicaments, parvenant à négocier chaque virage de l’économie et de l’Histoire pour devenir à la fin du XXème siècle la Clare International., multinationale tentaculaire et omniprésente.

Richard Powers présente cette évolution de manière clinique, son écriture précise et vive décrit tous les aspects de l’ascension de cette multinationale dans ces moindres détails, chaque découverte scientifique, chaque décision marketing y est exposée.

Le récit pourrait sembler froid et impersonnel si, dans cette histoire, ne venait s’imbriquer celle de Laura Bodey, la quarantaine, divorcée, américaine moyenne des années 90, dont le destin bascule lorsqu’on lui diagnostique un cancer des ovaires.
Laura vit à Lacewood, siège social de Clare où se trouve ses usines de pesticides les plus importantes. Jusqu’ici Laura ne se posait aucune question, heureuse consommatrice de tout ce que les entreprises Clare étaient prêtes à lui vendre. Tandis que son cancer évolue dramatiquement, le doute s’installe sur le lien entre la multinationale et sa maladie.

Richard Powers offre avec ce roman une étude forte et sans concession d’un capitalisme agressif et d’un consumérisme sans réflexion, menant à des situations dramatiques (ce livre est sorti en 1998 aux Etats-Unis, avant la crise des subprimes et autres scandales bancaires dont on sent ici malgré tout les prémisses).
Grâce à son écriture puissante, il évite brillamment le piège de la démagogie et du prosélytisme.

Ce livre est fort, sans concession et mêle à la fois une saga familiale, un roman social, un document sur l'opportunisme marketing et une histoire de l'évolution économique américaine et mondiale.
Il pousse son lecteur a une réflexion assez terrifiante : Et si, finalement, il était trop tard?

Note finale: 19/20

Gains de Richard Powers, éditions Cherche Midi

Livre reçu dans le cadre de l'opération "Les Matchs de la Rentrée Littéraire" organisée par le site PriceMinister



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2 commentaires

  1. J'avais pas entendu parler de ce livre avant ici. Je ne penses pas que ça me plaise, mais si je "tombe dessus", je mettrai quand même mon nez dedans. Car pour qu'un tel sujet obtienne un 19, ça doit être virtuose :)

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    Réponses
    1. Que veux-tu j'ai passé mon adolescence à dévorer du Zola, alors un roman social qui dénonce le capitalisme c'est forcément fait pour moi ;)
      Remarque, je t'avouerais que je n'avais jamais entendu parlé de Richard Powers avant de commencer ce livre, il semblerait que ce soit juste l'un des plus grands auteurs américains contemporains, oops o0
      Maintenant je n'ai plus qu'à me pencher sur le reste de sa production!

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